31 mai 2011

Le dernier regard

Comme il me paraît lointain
Le temps du dernier regard
Que tu m'offrais ce matin
Comme un muet au revoir

Il y a de ça un jour
Un an voire davantage
Tu ne parlais pas d'amour
Car tu étais encor sage

Moi qui ne le suis plus tant
Et à qui tu manques trop
Je me sens un coeur d'enfant
En rêvant à un bientôt

Car peut-être bien qu'un jour
Dans un an ou davantage
Tu me parleras d'amour
Tu voudras qu'on se partage

Je te dirai mon enfant
Je ne le souhaite que trop
Mais ce sera dans longtemps
Car pour l'heure il est trop tôt

Alors je ronge mon frein
Sans pourtant paraître hagard
Grâce au geste quotidien
D'une prière à l'espoir

4 mai 2011

Cri cri cri cri

Je crois que je vais m'asseoir dans l'herbe écouter un grillon. Cri cri cri cri. C'est fou, comme bestiole. Ça passe ses journées à rien foutre et la nuit, ça chante. Moi aussi parfois je passe ma journée à rien foutre. Mais la nuit, je chante pas. Enfin, c'est surtout parce que je chante faux. Je cri cri cri cri en silence : laisse-moi cri dans ma tête ! L'herbe est fraîche, quand même, j'aurais du mettre un jean. Faudrait l'orthographier autrement, ce mot, ça fait toujours drôle à prononcer sinon. « Djinn », comme les esprits ; le mien est un peu ailleurs. J'ai un bout d'herbe dans la main. Je hume, ça sent bon, j'imagine une autre odeur. C'est con, l'avant-dernière pour le plaisir je lui avais gardé une culotte, là j'ai oublié. J'ai juste un brin d'herbe, qui n'a aucun rapport. Elle a peut-être quelque chose à moi, cela dit...

Le grillon est infatigable. Qu'est-ce que ça doit être quand ça baise, ces machins-là ! Si ça se trouve, chez eux aussi il y a des rockstars, des super grillons qui cri cri cri cri tellement bien que toutes les grillonnes sont à leurs élytres (c'est bien ça qu'ils ont les grillons, des élytres ?)
Ce soir il n'y a pas de lune : elle a mis sa culotte de nuages. Ça tombe bien, elle m'aurait frustré, celle-la, une lune qui sort de nulle part et qu'on ne peut pas toucher.
Je pense que je vais m'endormir avec une rockstar dans les oreilles. Je crois même pouvoir dire avec certitude que je vais rêver. Il n'y a ni lune ni étoiles dans ce ciel, il va bien falloir que quelqu'un les y mette.

7 janv. 2011

Dans tous les sens

- Robert ?
- Hmm ?
- Je t'aime, Robert.
- Hmm.
- Je comprendrais que tu trouves ça un peu précipité, mais...
- Ouais.
- C'est vraiment ce que je ressens. Je veux dire, cette nuit avec toi, c'était, même pas formidable, c'était... magique !
- Hmm.
- Tout, tes mains, ta bouche, tes yeux, tes épaules larges, ton sexe généreux...
- Hein, hein.
- J'aime tes draps, tes caresses, tes baisers, j'aime que mon corps devienne comme de la cire entre des doigts, une poupée que tu façonnes et malaxes jusqu'à plus soif. J'aime sentir ça, encore et encore.
- Hmm.
- Ton souffle chaud me donne vie. À côté de toi, Léo, c'était rien, c'était trois fois rien, toi tu es mille fois tout, pour le cœur comme pour le chibre, oui. Je suis ta chose, Robert.
- Ouais.
- S'il te plaît, chéri...
- Hmm ?
- Parle-moi, je t'en prie, j'ai besoin de ta voix.
- Oh, là là...
- Quoi ?
- Tu prends toute la couette, Bryan.
- Hein ?
- Et de bas en haut.